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Conférence Francis Jammes

De 10 Mai 2022 14:15 jusqu'au 10 Mai 2022 17:00
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Ci-dessous les poèmes qui seront lus. Vous les trouverez également au format PDF imprimable, en fichier joint, accessible en tout en bas de la page de cet évènement. 

FRANCIS JAMMES     1868-1938

TEXTE N° 1  Je mettrai des jacinthes blanches à ma fenêtre, dans l’eau claire qui paraîtra bleue dans le verre. Je mettrai sur ta gorge blancheet luisante comme un cailloudu ruisseau, des boules de houx. Je mettrai sur la pauvre têtedu malheureux chien tout rogneuxqui a des taches dans les yeux la plus douce de mes caresses, pour qu’il s’en aille grelottant un tout petit peu plus content. Je mettrai ma main dans la tienne,et tu me conduiras dans l’ombreoù tournent les feuilles d’automne, jusqu’au sable de la fontaine que la pluie si douce a troué, où se détrempe le vieux pré. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . la pluie finema pensée douce comme la bruine. Je mettrai sur l’agneau qui bêleune branche de lierre amerqui est noir parce qu’il est vert.                  :- :- :- :N°2Deuxième extrait : Les grues sont passées dans le ciel gris et leurs longueslignes filaient en grinçant, cris de neige et d’ombre : c’est la saison où l’on va pour orner les tombes. Les misérables, les aveugles mendierontavec leurs mains rouges et luisantes. Ils irontmourir dans les soirs noirs en riant de frissons. Les bêtes souffriront. J’ai vu un vieux mendiantavec des taches sur les yeux et maltraitantson pauvre chien la queue sous le ventre, tremblant. Il le traînait, l’étranglant avec une corde,disant : je l’ai jeté à l’eau trois fois. La cordea cassé. Il revient, le cochon ! et la corde tirait. Et le vieux chien, compagnon de misèrede ce vieux, semblait lui dire : laisse-moi sur terrem’accrocher encore à tes habits pleins de poussière. Et lui, étant homme, plus mauvais que le chien,disait : cochon ! cochon ! va ! je te noierai bien,et ils allaient tous deux sous le grand ciel d’étain.  TEXTE N° 3 

De l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir (1898)

qui est son premier grand recueil et aussi selon la critique son œuvre la plus dense.

Laisse les nuages…

Laisse les nuages blancs passer au soleil.
Il n’y a ici que toi, la terre et le ciel.
Ne pense à presque rien. Douces comme du miel,

auprès des cressons bleus les brebis viendront boire.
La fille chantera dans la métairie noire,
et sur la terre tiède il tombera des poires.

La vieille tremblera sur le rouet tremblant,
le bélier bêlera dans le troupeau bêlant
— et la fille aimera l’amour de son amant.

Les ânes passeront en frissonnant de mouches.
La mère chantera sur l’enfant qu’elle couche,
et je t’embrasserai, la bouche sur la bouche.

Puis le ciel sera bleu, puis le ciel sera gris.
Les oiseaux chanteront et pousseront des cris
et auprès du vieux puits il poussera des buis.

Écoute, mon amie : il y a sous la grange
un nid d’hirondelles petites et criardes
et qui ont la douceur de la vie calme et sage.

Les grands chars sont passés. Sur leurs cornes luisantes
les bœufs avaient les longues fougères ombrageantes
des bois glacés d’Été qui ont des sources lentes.

On a coupé les blés qui dormaient au soleil ;
puis la pluie est venue, elle est venue du ciel :
elle a noyé le blé et a mangé le miel.

On a coupé mon cœur qui dormait au soleil…
Une fille est venue, elle est venue du Ciel :
elle a noyé mon cœur et a mangé le miel :

mais la douleur est douce et ton amour est doux.
Tu m’as donné ton cœur, ta tête et tes genoux :
nous ne faisons plus qu’un et ton cœur est à nous.

                                   :- :- :- :- :

TEXTE N° 4     Lorsque je serai mort

Lorsque je serai mort, toi qui as des yeux bleuscouleur de ces petits coléoptères bleu de feudes eaux, petite jeune fille que j’ai bien aiméeet qui as l’air d’un iris dans Les fleurs animées,tu viendras me prendre doucement par la main.Tu me mèneras sur ce petit chemin.Tu ne seras pas nue, mais, ô ma rose,ton col chaste fleurira dans ton corsage mauve.Nous ne nous baiserons même pas au front.Mais, la main dans la main, le long des fraîches roncesoù la grise araignée file des arcs-en-ciel,nous ferons un silence aussi doux que du miel ;et, par moment, quand tu me sentiras plus triste,tu presseras plus fort sur ma main ta main fineet, tous les deux, émus comme des lilas sous l’orage,nous ne comprendrons pas... nous ne comprendrons pas. TEXTE N° 5     La maison serait pleine de roses La maison serait pleine de roses et de guêpes.On y entendrait, l’après-midi, sonner les vêpres ;et les raisins couleurs de pierre transparentesembleraient dormir au soleil sous l’ombre lente.Comme je t’y aimerais ! Je te donne tout mon cœurqui a vingt-quatre ans, et mon esprit moqueur,mon orgueil et ma poésie de roses blanches ;et pourtant je ne te connais pas, tu n’existes pas.Je sais seulement que, si tu étais vivante,et si tu étais comme moi au fond de la prairie,nous nous baiserions en riant sous les abeilles blondes,près du ruisseau frais, sous les feuilles profondes.On n’entendrait que la chaleur du soleil.Tu aurais l’ombre des noisetiers sur ton oreille,puis nous mêlerions nos bouches, cessant de rire,pour dire notre amour que l’on ne peut pas dire ;et je trouverais, sur le rouge de tes lèvres,le goût des raisins blonds, des roses rouges et des guêpes.                  TEXTE N° 6 

Prière pour aller au paradis avec les ânes.

Lorsqu'il faudra aller vers vous, ô mon Dieu, faites
que ce soit par un jour où la campagne en fête
poudroiera. Je désire, ainsi que je fis ici-bas,
choisir un chemin pour aller, comme il me plaira,
au Paradis, où sont en plein jour les étoiles.
Je prendrai mon bâton et sur la grande route
j'irai, et je dirai aux ânes, mes amis :
Je suis Francis Jammes et je vais au Paradis,
car il n'y a pas d'enfer au pays du Bon Dieu.
Je leur dirai : " Venez, doux amis du ciel bleu,
pauvres bêtes chéries qui, d'un brusque mouvement d'oreille,
chassez les mouches plates, les coups et les abeilles."
Que je Vous apparaisse au milieu de ces bêtes
que j'aime tant parce qu'elles baissent la tête
doucement, et s'arrêtent en joignant leurs petits pieds
d'une façon bien douce et qui vous fait pitié.
J'arriverai suivi de leurs milliers d'oreilles,
suivi de ceux qui portent au flanc des corbeilles,

de ceux traînant des voitures de saltimbanques
ou des voitures de plumeaux et de fer-blanc,
de ceux qui ont au dos des bidons bossués,
des ânesses pleines comme des outres, aux pas cassés,
de ceux à qui l'on met de petits pantalons
à cause des plaies bleues et suintantes que font
les mouches entêtées qui s'y groupent en ronds.
Mon Dieu, faites qu'avec ces ânes je Vous vienne.
Faites que, dans la paix, des anges nous conduisent
vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises
lisses comme la chair qui rit des jeunes filles,
et faites que, penché dans ce séjour des âmes,
sur vos divines eaux, je sois pareil aux ânes
qui mireront leur humble et douce pauvreté
à la limpidité de l'amour éternel.

Cinq de ces prières sont parues en 1898 dans La Revue Blanche et dans l’Ermitage..

                                                

                                             :- :- :- :- :- :

TETXTE N° 7 « LE DEUIL DES PRIMEVERES »

est composé d’élégies suite à de nouvelles tortures morales dont il parle à son ami Gide.Voici un extrait de l’Elégie seconde :

Tu auras peur, n’est-ce pas, que, tout à coup, je ne souffre ?...

Ne m’interroge pas. Je ne veux pas te dire.

Ne sache pas pourquoi j’ai parlé de bien d’autres.

Je n’aime plus que toi puisque j’entends les grives

Qui arrivent du Nord mordre à l’Automne rouge

Dont les vents sont amers ainsi que des olives.

Ne sois pas curieuse, et si tu sais m’aimer,

laisse ton doux silence emplir mon cœur amer.

Si nous nous promenons, écoute donc, songeuse,

comme si tu l’entendais pour la première fois,

le bruit continuel, sec et brossé des feuilles

qui tombent en tournant sur les débris des bois.

Ne pense plus à moi, ne pense plus à moi.

Il y avait un nom doux « qui rappelait l’Automne ».

O mon amie, je t’aime. Mais ne demande pas…

Vois ce colchique clair et ce champignon rose.

Tes pieds légers seront sur les mousses d’aurore

Où luisent les grains purs de la rosé

                 …………………………..

  • Mais dis-moi seulement si elle existe encore
  • La femme dont le nom te rappelle l’Automne ?
  • Ne me fais pas parler, ô ma petite abeille.
  • Mais ne l’aimes-tu plus ? – Souviens-toi de la Vierge
  • Qui était dans une niche, à l’angle du quartier ?

Sa ceinture était bleue et ses deux mains brisées.

                           :- :- :- :- :- :

TEXTE N° 8   Elégie troisième     extrait :

Et toi que j’ai quittée, tu ne m’auras pas vu,

Tu ne m’auras pas vu ici, songeant à toi

Et traînant mon ennui aussi grand que les bois…

Et d’ailleurs, toi non plus, tu ne comprendrais pas,

Car je suis loin de toi et tu es loin de moi.

Je ne regrette pas ta bouche blanche et rose.

Mais alors, pourquoi est-ce que je souffre encore ?

Si tu le sais, amie, arrive et dis-le moi.

Dis-moi pourquoi, lorsque je suis souffrant,

il semble que les arbres comme moi soient malades ?

Est-ce qu’ils mourront aussi en même temps que moi ?

Est-ce que le ciel mourra ? Est-ce que tu mourras ?

                                 :- :- :- :

TEXTE N° 9   Elégie dixième     extrait :

Quand mon coeur sera mort d’aimer, je n’aurai plus

de cœur, et alors je t’oublierai peut-être ?

Mais non… Je suis un fou… Je ne t’oublierai pas.

Nous n’aurons qu’un seul cœur, le tien ô mon amie,

Et, lorsque je boirai aux sources des prairies

Et que je verserai de l’azur dans tes lèvres,

nous serons tellement confondus l’un dans l’autre

que je ne saurai plus lequel des deux est toi.

Quand mon cœur sera…

                          Mais n’y pensons plus, ma chère

amie… Tes seins ont tremblé de froid à ton réveil

Comme des nids d’oiseaux dans la rosée des roses.

Mon cœur éclatera, vois-tu, de tant t’aimer

Il s’élance vers toi comme dans un jardin

S’élance vers l’air pur un lys abandonné.

Je ne puis plus penser. Je ne suis que des choses…

Je ne suis que tes yeux. Je ne suis que des roses.

Que regrettes-tu donc lorsque je t’ai quittée,

Si je n’étais pas moi et Si j’étais des roses ?

TEXTE N° 10   TRISTESSES dont voici un extrait :

Vous m’avez regardé avec toute votre âme

Vous m’avez regardé longtemps comme un ciel bleu

J’ai mis votre regard à l’ombre de mes yeux…

Que ce regard était passionné et calme…

Les lilas qui avaient fleuri l’année dernière

Vont fleurir de nouveau dans les tristes parterres.

Déjà le pêcher grêle a jonché le ciel bleur

De ses roses, comme un enfant la Fête-Dieu.

Mon cœur devrait mourir au milieu de ces choses,

Car c’était au milieu des vergers blancs t roses

Que j’avais espéré je ne sais quoi de vous.

Mon âme rêve sourdement sur vos genoux

Ne la repoussez point. Ne la relevez pas

De peur qu’en s’éloignant de vous elle ne voie

Combien vous êtes faible et troublée dans mes bras.

Je songe à ce jour-là où vous me confierez

Votre pudeur pareille au muguet-des-forêts.

……………………..

Venez sous la tonnelle assombrie de lilas

Afin que je suspende, ainsi qu’une médaille,

A votre cou pareil à la rousseur du blé

Et au lisse raisin qui dort sur la muraille,

Avec un fil de vierge une rose bengale…

                             :- :- :- :- :

TEXTE N° 11 Extrait du recueil : CLAIRIERES DANS LE CIEL

JE PENSE A VOUS (1906)

Je pense à vous. Mes yeux vont du buisson de roses

aux touffes du chaud seringa.

Je voudrais vous revoir quand les raisins muscats

dorment auprès des reines-claudes.

Depuis que je suis né, je sens au fond du cœur

je ne sais quoi d’inexplicable.

Je vous dis que la rose est tombée sur le sable,

que la carafe est sur la table,

que la fille a mis ses sandales

et que le scarabée est plus lourd que la fleur.

  • Mais tous ces foins, les aura-ton bientôt fanés ?
  • - O mais, mon amie, tout se fane :

le foin tremblant, le pied de l’âne ;

les chants du merle et les baisers.

  • Mais nos baisers, ami, ne se faneront point ?
  • Non certainement. Que le foin

se fane, disais-je, c’est bien.

Mais nos baiser, amie, ne se faneront point.

                     :- :- :- :- :

TEXTE N° 12   Extrait du même recueil :

C’EST UN COQ

C’est un coq dont le cri taille à coups de ciseaux

l’azur net qui s’aiguise au tranchant du coteau.

Mais je veux autre chose encore ?

C’est la salle à manger sur un parc, à midi.

Une femme en blanc, lourde et blonde, pèle un fruit.

Je veux voir autre chose encore ?

C’est une eau tendrement aimée par le village

qui s’y mire et dénoue sur elle ses feuillages,

- Je veux voir autre chose encore ?

Mais quoi donc ? – Oh ! Tais-toi, car je souffre ! Je veux

je veux voir, je veux voir au-delà de mes yeux

je ne sais quelle chose encore…

                         :- :- :- :- :

TEXTE N° 13     Toujours extrait du même recueil :

Ô toi, Rose moussue et blonde, à tes oreilles,
Que mes vers chantent comme un murmure d’abeilles.

Que mon regard, vers toi glisse comme la Nuit
Qui glisse et qui t’endort sous l’or dont elle luit !

Que je te charme en invocations très douces,
— Comme les chants de la rosée au fond des mousses !

Quand tu voudras mon cœur pour t’amuser, je veux
Qu’il soit comme une fleur de sang dans tes cheveux !

Lorsque je pleurerai, je veux, ô petite oie,
Que tu prennes mes cris pour des accès de joie,

Et, lorsqu’on me mettra dans l’ombre du cercueil,
Que ta dernière larme embellisse ton œil,

Pour que ceux qui vivront, en te voyant plus belle,
Admirent dans ma mort ta jeunesse immortelle.

N° 14   Elégie dixième

Quand mon cœur sera mort d’aimer, enviez-le.

Il passa comme un saut de truite au torrent bleu.

Il passa comme le filament d’une étoile.

Il passa comme le parfum du chèvrefeuille.

Quand mon cœur sera mort, n’allez pas le chercher…

Je vous en prie : laissez-le bien dormir tranquille sous l’yeuse où, au matin, le rouge-gorge crie des cantiques sans fin à la Vierge Marie.

Quand mon cœur sera mort…

Mais non… Viens le chercher.

Viens le chercher avec ta grâce parfumée.

Je ne veux pas qu’il se refuse à ton baiser.

Prends-le, emporte-le avec cet air farouche que tu avais

parfois lorsque tu me serrais sur ta gorge…

Ne pleure pas, ô mon amie.

Ne pleure pas, amie. La vie est belle et grave,

j’ai souffert et t’ai fait souffrir plus d’une fois…

Mais les agneaux paissaient l’aurore des collines,

mais le lune baisait les brouillards endormis,

mais les chevreuils dormaient sur les clairières pâles,

mais les enfants joyeux mordaient les seins des mères,

mais des bouches de miel faisaient trembler les corps,

mais tu te renversais ravie entre mes bras..

Ne pleure pas, amie. Le vie est belle est grave.

TEXTE N° 15   extrait du recueil

CLAIRIERES DANS LE CIEL

 

O mon coeur ! ce sera dans l’août bleu et torride.

Lasse, vous poserez sur le coffret de buis

vos ciseaux où s’accrochera de la lumière.

Vous laisserez aller votre taille en arrière,

vous fermerez vos cils sur vos yeux de lavande

dont l’Eté semblera parfumer votre chambre.

Il sera je ne sais quelle heure après-midi :

l’heure où la guêpe en feu va boire dans les puits.

J’arriverai, par le grand soleil ébloui.

Je vous verrai ainsi, ô ruche pleine d’aube,

moulée par le sommeil dans votre chaste robe.

Et je m’approcherai tout doucement de vous,

et, sans vous déranger, mettrai sur vos genoux

des fraises et du pain et du sucre d’abeille.

Bientôt, vous éveillant de ce demi-sommeil,

vos lèvres écloront sur ces fruits et ce miel

comme une rose tendre et toute caressée,

ou comme un abricot plein d’encens qui s’entrouvre.

O ménagère amie, framboise des forêts,

chaperon rouge errant qui se nourrit de baies,

O vous qui par moments à mes yeux évoquez

La gravure où Perrette a renversé son lait :

Vous ne me direz pas combien vous accablait

Cette sieste où l’Eté fait peser son délire.

Vous vous relèverez. Vous me regarderez.

Et, pleine d’un sanglot, alors vous sentirez

Sourire dans mon cœur votre propre sourire.

                               :- :- :- :- :

Bonne lecture.

 

     



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